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MDCLXXIV
Année
1674
Chronique du Saint
Empire
Abrégé de l'histoire de l'Empire
L'Empereur
fait enlever à Cologne le Comte Guillaume de
Fürstenberg, par un détachement du
régiment de Grana, qui devait servir de garnison
neutre dans la ville du congrès.
Léopold l'accusait de retenir l'Électeur de
Cologne dans l'alliance de la France, d'avoir lui même
un régiment au service de cette couronne, et de
traverser les desseins de l'Empereur son souverain. Ces
raisons étaient d'autant moins recevables, qu'alors
le Corps Germanique n'avait pas encore déclaré
la guerre à la France, et que le Comte de
Fürstenberg n'était ni sujet ni vassal de la
Maison d'Autriche. Le prisonnier fut conduit à
Vienne; et sans les instances du Nonce du Pape, il aurait
perdu la tête. Cette entreprise fit rompre le
congrès, et la guerre continua avec plus de violence
que jamais.
Traité
de Vienne du 14 janvier entre l'Empereur et
l'Électeur Palatin, pour faire la guerre à la
France,: l'Électeur livra aux troupes
Impériales la ville et le château de
Germersheim. Si ce traité contribua beaucoup à
la prise de Philipsbourg par l'armée Germanique, il
fut aussi la cause de la désolation du Palatinat, qui
fut ravagé par l'armée de Turenne.
L'Électeur désespéré, envoya un
cartel au général Français; mais
Turenne répondit que depuis qu'il avait l'honneur de
commander les armées de France, il ne se battait plus
qu'à la tête de 20 000 hommes. Les Cercles
antérieurs de Franconie, de Souabe, et du Haut-Rhin,
s'allient pour défendre l'Électeur Palatin.
Les ministres de France se retirent de la Diète, et
l'Empire déclare la guerre à la France le 28
mai.
Alliance
entre l'Empereur, l'Espagne, la Hollande et
l'Électeur de Brandebourg, conclue contre la France
et ses Alliés, à Berlin le 1er juillet. Le Roi
du Danemark et les Ducs de Brunswick y
accédèrent quelques temps
après.
L'Électeur
de Brandebourg fait marcher ses troupes sur le Rhin, et la
France est abandonnée de tous ses Alliés.
L'Angleterre fait sa paix avec la Hollande à
Westminster le 19 février, sur le pied du
traité de Breda de 1666. L'Évêque de
Munster conclut son traité le 12 avril, et rend
toutes ses conquêtes, sans excepter la seigneurie de
Borkelo. L'Électeur de Cologne signa son
traité avec la Hollande le 11 mai; il réunit
à son domaine la forteresse de Rheinbergen, que les
Espagnols et ensuite les Hollandais avaient occupé
pendant près de cent ans.
L'armée
Impériale commandée par le Duc de Lorraine,
avance contre Turenne. Bataille de Sintzheim ou de Wiseloch
près de Philipsbourg, le 16 juin. La victoire d'abord
douteuse se décida en faveur du maréchal, par
la retraite du Duc de Lorraine. L'armée
Impériale renforcée par des troupes de
l'Empire, oblige Turenne à se retirer. Les
Impériaux pénètrent en Alsace. Combat
d'Ensheim près de Strasbourg, le 4 octobre. Le Duc de
Bournonville qui commandait les Allemands est défait;
mais la jonction des troupes brandebourgeoises donnant aux
Impériaux toute la supériorité que 60
000 hommes peuvent avoir sur 20 000, Turenne se replie sur
les gorges de la Lorraine: l'armée Impériale
se répand par toute l'Alsace.
Bataille de
Seneffe en Flandre le 11 août. Conquête de la
Franche-Comté par le Roi en personne.
Disgrâce
du Prince Lobkowitz, premier ministre de l'Empereur. Il est
conduit prisonnier à Ratnitz en Bohème. On
l'accusait entr'autre d'un commerce secret avec la France;
mais on n'a jamais pu le convaincre de cette intelligence,
ni des crimes qu'on lui imputait: il parait plus
vraisemblable que sa chute fut l'ouvrage de
l'Impératrice, Claude Félicité
d'Autriche, dont il avait dissuadé le mariage
à l'Empereur, pour l'engager à épouser
la Princesse Éléonore de Neubourg. Cette
conjecture devint plus forte après le mariage
d'Éléonore avec Léopold; car cette
Princesse fit élever les enfants du ministre
disgracié aux premiers honneurs de la Cour
Impériale.
Le Prince
de Schartzemberg est admis à voix et séance
dans la Diète.
Lettres patentes du 10 octobre, pour
ériger le comté d'Oetingen en
principauté de l'Empire, en faveur du Comte
Albert-Ernest; et au défaut de ses descendants, en
faveur de ses frères cadets. Les Comtes de Souabe
s'opposèrent à l'admission du nouveau Prince
à la voix et à la séance dans la
Diète; ils firent voir sur-tout que ces
érections leur portaient un grand préjudice;
que les plus puissants d'entr'eux devenus Princes de
l'Empire, ne portaient plus leur contingent dans la caisse
des comtes; et que cependant on exigeait de leur Cercle le
même contingent, ce qui gênait
extraordinairement les États dont il était
composé.
Histoire de l'Empire - Gueudeville
Les
Allemands passèrent ensuite le Rhin pour entrer en
Alsace. Le maréchal de Turenne, après avoir
fait le dégât aux environs de Strasbourg,
joignit les Impériaux à Moltzheim, ou il se
donna un combat fort opiniâtre entre les deux partis,
où chacun s'attribua la victoire.
Histoire Universelle
Tandis que
Léopold accusait ainsi Louis XIV de manquer à
sa parole, il violait la sienne à Cologne,
d'où le Prince Guillaume Egon de Fürstenberg,
ministre de l'Électeur, fut enlevé; l'Empereur
le fit conduire à Vienne, où il fut
enfermé dans une étroite prison. On
connaissait l'attachement de ce seigneur pour la France; il
avait fait de la part du Roi des offres si avantageuses au
Corps Germanique, que la Cour de Vienne avait tremblé
de voir s'évanouir tous ses projets: l'Europe fut
indignée de cette action, la manière dont la
Cour de Vienne la justifia, révolta encore davantage:
mais Léopold cherchait à irriter les esprits,
bien plus qu'à les apaiser: quelque fut
l'événement de la guerre, il la souhaitait
ardemment; peut -être que son dessein était
d'affaiblir les Électeurs par une guerre longue et
immense, d'avoir occasion d'entretenir des troupes
Autrichiennes dans leurs provinces, et qu'il lui importait
peu de vaincre les Français, pourvu qu'il
ruinât sourdement les forces du Corps Germanique. Une
nouvelle insulte faite au Roi de France, assura le Conseil
Autrichien de la rupture des conférences pour la
paix: des chariots couverts des livrées du Roi de
France furent arrêté dans les rues de Cologne
et 5 000 écus que le Roi envoyait à ses
ambassadeurs au Congrès furent pillés.
Dès lors toutes les espérances de conciliation
disparurent, Louis XIV rappela ses ambassadeurs, le
congrès fut dissous et l'on ne s'occupa plus de part
et d'autre que de préparatifs de guerre. En un moment
il se fait une révolution générale dans
l'Empire contre la France, les Ducs de Brunswick, le
Landgrave de Hesse, les Électeurs de Mayence et de
Trèves se liguent avec l'Empereur; l'Électeur
de Brandebourg change de parti avec la fortune;
l'Électeur Palatin qui nourrissait un ressentiment
ineffaçable contre la France, fut le plus ardent
à se déclarer, et remplit l'Allemagne des ses
clameurs: les Évêques de Cologne et de Munster
furent les derniers à abandonner le parti de Louis
XIV; et l'Électeur de Bavière et le Duc de
Neubourg, furent les seuls, qui, malgré les
sollicitations de Léopold, persistèrent
à ne prendre aucun parti: l'Électeur de
Bavière accusa hautement Léopold de tous les
maux auxquels l'Empire allait être exposé.
Robert, Abbé de Gravelle, ambassadeur de France
à la Diète, eut ordre de sortir de Ratisbonne
et l'Empire déclara publiquement la guerre à
la France.
Le Duc de
Lorraine, implacablement ennemi de Louis XIV, se
réunit au comte de Caprara, qui commandait un corps
d'Autrichiens; ces deux généraux
s'avancèrent vers la Suisse, où ils
espéraient passer pour aller secourir la
Franche-Comté; mais les Suisses, qui, du haut de
leurs montagnes, voyaient les progrès rapides que
Louis XIV faisait en Franche Comté, craignirent
d'attirer sa vengeance et refusèrent le passage. Le
Duc de Clèves cherche à pénétrer
en Alsace, et y trouve Turenne, qui lui présente la
bataille; le Duc se retire et l'armée de Turenne
tombe sur son arrière-garde: le Duc de Lorraine
ramène alors ses troupes dans le Palatinat et campe
entre Heidelberg et Philipsbourg, où le Duc de
Bournonville devait bientôt conduire l'armée
Impériale. Le maréchal de Turenne
résolut à empêcher cette jonction;
quitte son camp de Haguenau, passe le Rhin près de
Philipsbourg, entre dans le Palatinat, trouve les ennemis
campés près de Sintzheim, s'empare de la ville
et du château en moins d'une heure, marche aux ennemis
et les contraint après un combat opiniâtre
à lui céder le champ de bataille. Le vicomte
ne s'amuse point à poursuivre les vaincus, il revient
à Philipsbourg, et fait prendre du repos à ses
soldats dans cette partie du Palatinat qui est en
deçà du Rhin; ils y vécurent à
discrétion et oublièrent les fatigues que leur
avait causé une marche de trente cinq lieues, faite
en quatre jours, et le combat de Sintzheim. La
mémoire des ravages qu'ils y exercèrent, n'est
point encore effacée; la plupart des paysans
abandonnèrent leurs chaumières et se
retirèrent dans les bois ou sur les
montagnes.
Cependant
le vicomte, sur un faux avis qu'il reçut que le Duc
de Bournonville, général des troupes de
l'Empereur, marchait vers Philipsbourg, s'avança pour
secourir cette place; il s'aperçut, mais trop tard,
que c'était un bruit sans fondement, et qu'il avait
été la dupe du Duc de Lorraine, qui, pendant
son absence, s'était joint au Duc de Bournonville. Le
vicomte honteux de sa méprise repasse le Rhin et le
Neckre, et marche aux ennemis: le Duc de Lorraine et son
collègue n'ont pas plutôt appris son
arrivée, qu'ils donnent le signal de la retraite et
abandonnent le Palatinat; leur arrière garde fut
taillée en pièce par les Français
près de Ladenbourg: le Palatinat fut en proie
à de nouveaux ravages; les paysans avaient
exercé d'horribles vengeances sur les soldats
Français, qui étaient tombés entre leur
mains; on voyait leurs membres dispersés
çà et là dans la campagne; les uns
avaient été brûlés à petit
feux, d'autres avaient été pendus à des
arbres par les pieds, et on les y avait laissé
expirer. Les soldats en voyant ce triste spectacle, se
livrent à tous les transports de leur rage, ils
massacrent tout ce qui se présente, sans distinction,
ni d'âge, ni de sexe; en un moment vingt cinq villages
et cinq villes, sont la proie des flammes. L'Électeur
du haut de son château de Mannheim, voit cet horrible
incendie, et le massacre de ses sujets: dans l'excès
de son désespoir il envoie un cartel à
Turenne; le vicomte répondit modestement que sa vie
n'était point à lui, mais à son Roi, et
qu'il ne pouvait accepter sa proposition sans son
consentement; et du reste il excusa les cruautés
qu'avaient exercé ses soldats, sur celles que les
habitants du Palatinat avaient commises. Le récit de
ces ravages fera toujours une tache à la gloire de
Turenne: en vain ils ont rejeté l'horreur de Louvois;
le vicomte qui avait assez de force pour gagner des
batailles contre l'ordre formel du ministre, devait aussi en
avoir assez pour lui résister lorsqu'il lui demandait
d'être cruel et impitoyable.
"Mais, ainsi que l'a dit un homme
célèbre (Ramsay, histoire du vicomte de
Turenne), Turenne aimait mieux être appelé
le père des soldats qui lui étaient
confiés, que des peuples qui, selon les lois de la
guerre, sont toujours sacrifiés."

Prise de Besançon - 15 mai
1674
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Cependant
l'armée du Duc de Bournonville et du Duc de Lorraine,
avait été grossie par les troupes de Zell, de
Wolfenbuttel, de Saxe, de Hesse, de Munster, de Cologne, de
Trèves, de Lunebourg, et de divers Cercles de
l'Empire. Elle montait à quarante mille hommes, et
restait dans l'inaction entre Francfort et Mayence; les
généraux, après avoir longtemps attendu
l'Électeur de Brandebourg qui s'avançait
à la tête de vingt cinq mille hommes,
passèrent le Rhin à Mayence. Le Duc de
Lorraine toujours occupé à l'idée de
reconquérir ses états, voulait y faire
irruption, à la tête de la cavalerie, tandis
que le Duc de Bournonville s'opposerait à Turenne
avec l'infanterie; l'Électeur Palatin, qui voyait
avec peine que les Allemandes achevaient de ruiner son pays,
proposait de son côté de mener des troupes vers
la Haute Alsace: cet avis fut préféré.
L'armée Impériale repassa le Rhin, pour
pénétrer dans l'Alsace, par le pont de
Strasbourg. Les magistrats voulant refuser le passage, la
populace gagnée par les largesse des
émissaires de l'Empereur se mutina et demanda
à grands cris que l'on livra le pont aux
Alliés, et les Impériaux, maîtres du
pont de Strasbourg, s'étendirent depuis le Rhin
jusqu'aux montagnes de Saverne. Jamais Turenne ne
s'était vu dans une position plus fâcheuse; il
n'avait que vingt cinq mille hommes; on en comptait tente
mille dans le camp des Alliés, où l'on en
attendait encore vingt mille qui s'avançaient sous la
conduite de l'Électeur de Brandebourg: la disette qui
régnait dans le camp des Français, faisait
sentir, mieux que tout le reste, la nécessité
de prévenir cette jonction. Turenne crut qu'il
fallait hasarder une bataille; il marcha droit aux
Impériaux, et les attaqua près d'Ensheim:
avant d'engager une action générale, il crut
nécessaire d'emporter un poste où les
Impériaux s'étaient retranchés à
l'extrémité d'un petit bois,; de cette
conquête, légère en apparence,
dépendait selon lui le sort de la bataille.

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Le Duc de Boufflers fut
chargé de cette attaque; deux fois vainqueur
et deux fois repoussé, soutenu enfin par des
troupes fraîches, il se rendit maître
du poste et de douze pièces de canon qui le
défendaient. Turenne avait été
obligé de dégarnir le centre de son
armée pour porter secours aux assaillants;
les Impériaux s'en étaient
aperçus, ils se précipitèrent
sur la ligne qui était dégarnie, et
la rompirent: le vicomte, avec ce sang froid qui ne
l'abandonna jamais, rétablit l'ordre, et
repoussa les Impériaux: la nuit termina le
combat sans que la victoire fut entièrement
décidée; mais les Impériaux en
cédèrent l'honneur au vicomte, et
pendant la nuit abandonnèrent le champ de
bataille couvert de trois mille Autrichiens morts
ou mourants; ils mirent la rivière d'Ill
entre eux et les Français.
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L'arrivée de l'Électeur de
Brandebourg et de l'Électeur Palatin releva leur
courage; l'armée Impériale s'étant
ainsi accrue, Turenne abandonna l'Alsace pour sauver la
Lorraine, où il prit ses quartiers, forçant
les Impériaux à quitter les leurs; il fit
ensuite quelques incursions, et rencontrant six mille
cavaliers allemands près de Mülhausen, il les
tailla en pièces. Le combat de Turkheim ne fut pas
moins fatal aux armes Impériales; il fallut aller
chercher des quartiers au delà du Rhin, et
l'armée qui était composée de cinquante
mille hommes, ruinée en détail par ces
combats, se trouva diminuée de
moitié.
Abrégé de
l'Histoire des Électeurs de
Brandebourg
Atlas historique Gueudeville
Mais en
1674, il renouvela son alliance avec les États
Généraux des Provinces Unies contre la France.
Il passa dans l'Alsace avec vingt mille hommes, qu'il
joignit au Duc de Bournonville général de
l'armée Impériale; mais les desseins de ce
général s'étant trouvés
opposés à ceux de l'Électeur, cela
rendit cette campagne assez infructueuse. Cependant
l'Électeur était occupé en Souabe, les
Suédois, à la sollicitation de la France
déclarèrent la guerre à
l'Électeur et firent irruption dans la Marche et dans
la Poméranie, ou il exercèrent diverses
hostilités, et y causèrent beaucoup de
ravages; ce qui obligea son Altesse Électorale
à quitter l'Alsace pur aller défendre ses
états.
Jean-Louis
Vial
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