MDCCIV
Année 1704



Chronique du Saint Empire

Abrégé de l'histoire de l'Empire
 

En Allemagne: l'électeur de Bavière prend Passau.

Milord Marlborough à la tête d'une armée d'anglais, et de Hollandais, et le prince Eugène avec les troupes autrichiennes joignent l'armée de l'Empire commandée par le margrave de Bade. Les maréchaux de Marsin et de Tallard amenèrent deux renforts considérables à l'Électeur de Bavière. Les Alliés forcent le 2 juillet les retranchements de l'Électeur sur le Schellenberg près de Donawert, et 'emparent de cette ville. Le Margrave de Bade est détaché pour faire le siège d'Ingolstadt. L'Électeur vient au secours, et livre assez mal à propos la bataille de Hochstedt le 13 août. Elle fut décisive et changea la face des affaires; plus de la moitié de l'armée française et bavaroise fut détruite, le reste regagna avec peine les bords du Rhin, abandonnant toutes les villes de la ville de la Bavière et de la Souabe, excepté Ulm qui se rendit le 13 septembre.

Le Roi des Romains reprend le commandement de l'armée impériale. Landau se rend le 23 novembre après un siège de deux mois, et Trarbach le 19 du même mois après six semaines de tranchée ouverte. Marlborough avait pris Trèves dès le 20 octobre. LÉlecteur conclut le 17 novembre à Ilbersheim au quartier général devant Landau une capitulation pour toute la Bavière. Tout l'Électorat fut abandonné à l'Empereur, à l'exception de la ville et du bailliage de Munich, qui furent réservés avec le trésor électoral à l'entretien de l'Électrice et de ses enfants.

Aux Pays Bas: la campagne se borna de la part des alliés à la prise du fort de Sainte Isabelle et au bombardement de Namur.

En Italie: le duc de Vendôme s'empare du duché de Modène pour punir le duc du traité qu'il avait fait avec l'Empereur. Une autre armée française occupe le duché de Savoye et s'empare d'une grande partie du Piémont.

En Espagne l'archiduc Charles débarque le 9 mars à Lisbonne. Les alliés prennent Gibraltar le 4 août, et l'armée espagnole tache en vain de reprendre cette place importante.

Brouillerie fameuse entre les membres de la Chambre Impériale.
L'Électeur de Trèves en était alors le Grand Juge; et comme le soin de son Électorat ne lui permettait pas de se trouver à Wetzlar, il avait chargé de ses fonctions le baron d'Ingelheim, l'un des présidents de la chambre. Cette préférence et le ton d'autorité que le baron d'Ingelheim affectait, révolta contre lui l'autre président, le comte de Solms; les assesseurs embrassèrent chacun le parti qui lui convenait le plus, et cette cour souveraine était partagée en deux factions, lorsque l'Empereur présenta pour assesseur le baron d'Ow. Le président d'Ingelheim chargea le récipiendaire de rapporter une affaire importante, et l'on prétend qu'il ne s'en acquitta pas trop bien. Quelques temps après l'Électeur de Bavière présenta le baron de Nyz, qui remplit parfaitement bien sa tâche; et le président d'Ingelheim le reçut pour cette raison avant l'assesseur impérial. La préférence donnée à l'assesseur électoral déplut à l'Empereur, et la faction du comte de Solms se prévalut à cette occasion pour s'opposer ouvertement à celle du président d'Ingelheim. Il y eut même un assesseur nommé de Pyrck, qui répandit un libelle contre ce dernier et ses principaux partisans. Ils en portèrent leurs plaintes à la chambre assemblée, et la plus grande partie des assesseurs suspendit Pyrck de l'exercice de sa charge; mais le comte de Solms ayant sollicité pour lui à la Cour Impériale, Pyrck fut absous, et le comte de Solms eut ordre de le réintroduire dans la chambre. Le comte d'Ingelheim et ses adhérents prévinrent ce coup: ils apposèrent les scellés aux archives, et se retirèrent à Wetzlar. Depuis ce temps ce tribunal resta fermé pendant près de sept ans, au grand préjudice des plaideurs.

Troubles de Hongrie:

Excités par Ragotzy. La nation se plaignait de l'oppression ou les ministres impériaux la retenaient, et de la licence des garnisons impériales.

Les comtes de Bercheny, de Caroly, de Forgatsch se joignent à Ragotzy, et s'emparent d'un grand nombre de villes dans la haute Hongrie.


Chronologie pour servir à l'Histoire de Savoye
Atlas historique Gueudeville

Les Vaudois s'étant choisis un chef, commencent à faire des hostilités et des courses dans la Provence et le Dauphiné d'où ils exigent des contributions.

M.Hill et M. Vander Meer, envoyés d'Angleterre et de Hollande, arrivent à Turin.

Le Duc de Vendôme forme le siège de Verceil, pendant que le Duc de la Feuillade fait celui de Suze. L'une et l'autre de ces places tombent au pouvoir de la France. Le comte de Marsigli forme de se saisir de Montmélian mais sans succès.

Sa Majesté Très Chrétienne fait savoir à Son Altesse Royale de Savoye, la naissance du Duc de Bretagne, et le Duc fait répondre sur cela à Sa Majesté. Il forme la résolution de surprendre Verceil: mais le détachement destiné à cette expédition étant arrivé deux heures trop tard, et d'ailleurs une sentinelle ayant fait avertir l'officier de garde, du mouvement et de la poussière que faisait la cavalerie qui devait exécuter ce projet, ce dessein échoua. Le duc de Vendôme forme le siège d'Ivrée. M. Grimpan, allemand fait tout ses efforts pour défendre cette place en brave officier; mais faute de secours, il est forcé de se rendre.

M. de la Feuillade ayant passé des vallées du Piémont dans celle d'Aoste, joignit le duc de Vendôme, et coupa la communication du Piémont avec la Suisse. Par ce passage la France se vit en état, non seulement de fournir des secours au Duc de Vendôme, mais aussi au Grand Prieur, qui commandait l'armée de France contre les Impériaux du côté du Bressan. Le Duc de Vendôme, après le siège d'Ivrée, fit celui de Verrue, et commença à mettre les affaires du Duc dans une fâcheuse situation.

 

 

Jean-Louis Vial