MDCCXXII

Année 1722


Chronique du Saint Empire

Abrégé de l'histoire de l'Empire

Les affaires de religion continuent d'arrêter l'activité de la Diète.

La Sanction Pragmatique est reçue le 25 octobre par les états de Silésie.

Philippe V accède le 25 janvier à la quadruple alliance, et fait évacuer les îles de Sicile et de Sardaigne: les autres différents que l'Espagne pouvait avoir avec l'Empereur Charles VI et l'Angleterre, sont renvoyés à un Congrès qu'on promit de rassembler à Cambrai. En attendant l'Empereur demanda à l'Empire son consentement pour la cession de la Toscane, de Parme et de Plaisance.

Paix de Stokholm entre la Suède et la Prusse, conclue le 21 janvier. En vertu de ce traité, la ville de Stettin et les îles d'Usedom et de Wollin restèrent à la Prusse: elle rendit Stralsund et l'île de Rugen, et la rivière Peine servit de limite à l Poméranie Suédoise.

Paix de Friderichsbourg signée le 3 juillet, entre la Suède, le Danemark. On rendit de part et d'autre toutes les conquêtes. Les Suédois furent assujetis à payer le péage du Sund, et le Roi de Danemark garda la partie du duché de Schleswig, qui avait appartenu ci-devant au duc de Holstein.Le Roi d'Angleterre lui garantit cette nouvelle acquisition par un traité particulier.



Chronologie pour servir à l'Histoire de Savoye
Atlas historique - Gueudeville

Il y eut l'année suivante un nouveau sujet de brouillerie entre cette Cour et celle de Rome. L'évêque d'Alban, de l'ancienne maison de Rouverre, ayant un procès par devant le Sénat de cette ville, contre quelques communauté de son diocèse, qui ne voulaient point lui accorder ses prétentions, il demanda enfin et obtint de la Cour de Rome un Monitoire, par lequel il était défendu sous peine d'excommunication à ces communautés, de s'opposer à ses prétentions. Ce prélat ayant fait signifier et exploiter ce bref, sans l'avoir fait enregistrer au Sénat, et sans avoir demandé la permission de le faire exécuter, et bien plus, n'ayant eu aucun égard aux représentations et aux ménagements qui avaient été employé pour accommoder cette affaire à l'amiable, Sa Majesté fit séquestrer les revenus de l'évêque, et relégua son frère avec toute sa famille au château d'Ivrée et au fort de Bar, jusqu'à ce que ce prélat eut rendu l'obéissance qu'il devait à son souverain.



Abrégé Chronologique de l'Histoire d'Angleterre

Atlas historique - Gueudeville

Lorsque le Roi quitta l'Allemagne, ses négociations avec la Suède, a Prusse et le Danemark étaient déjà fort avancées. A peine fut il de retour à Londres, qu'il apprit la conclusion de son traité d'alliance offensive avec la première de ces couronnes. Ce traité fut signé à Stockholm le 20 de janvier. Quelques uns des articles n'étaient nullement favorable aux intérêts du Czar.

L'alliance contre le Czar n'obligea pas ce prince à se soumettre. Il se plaignit hautement de la conduite du Roi d'Angleterre. Son résident à Londres présenta un mémoire dans lequel il prétendait faire voir, que les engagements particuliers que le Roi de la Grande Bretagne avait pris avec la Reine Ulrique, que les négociations qu'il avait faite avec les Rois de Pologne, de Prusse, et de Danemark, pour les détacher de l'alliance de Sa Majesté Czarienne, ne s'accordait point du tout avec les obligations qu'il avait contractées comme Électeur de Brunswick, de ne traiter jamais avec la Suède sans la participation du Czar, d'employer toutes sortes de moyens pour lui procurer la cession de l'Ingrie, de la Carélie, de l'Estonie, de Revel, et de ne s'opposer en aucune manière aux autres prétentions qu'il pourrait former. On faisait ensuite remarquer, que c'était aux soins et aux sollicitions du Czar auprès du Roi du Danemark, qu'on devait l'importante acquisition des duchés de Bremen et de Verden; qu'on avait encore fait davantage, en concluant en 1716 un traité d'alliance défensive pour maintenir la succession de la Couronne d'Angleterre dans le ligne protestante; que la conduite du Czar avait toujours répondu à ses premières démarches; que cependant on avait rien omis pour susciter des ennemis de Sa Majesté Czarienne; qu'on avait taché de rendre ce Prince odieux aux Anglais, en leur faisant croire qu'il voulait leur donner le Prétendant pour Roi; qu'on avait mis tout en œuvre pour le brouiller avec la Cour de Vienne. Ce mémoire contenait encore d'autres griefs, et finissait par demander une réponse positive, afin qu'on sut à quoi on devait s'attendre.

Ce mémoire ne resta pas sans réponse. On fit voir que c'était le Czar qui avait donné atteinte au traité de 1715, en s'établissant dans l'Empire avec une armée, et en occupant une province contiguë aux états d'Hanovre; qu'on n'avait pu s dispenser de désapprouver ce; que le Czar avait entretenu des intelligences avec les ennemis du Roi d'Angleterre, et avait en même temps fait des efforts pour lui enlever ses amis. On détaillait ensuite les intrigues du Czar avec le Baron de Gortz, avec les émissaires du Prétendant, avec la Cour de Madrid; et enfin qu'on avait concerté une entreprise contre l'Écosse. Toutes ces accusations et ces reproches ne produisirent aucune réconciliation. Chacun de ces princes ne paraissait avoir en vue que de mettre les peuples de son côté.

Tandis que Georges s'attirait de fâcheux embarras, dans la vue pourtant de pacifier l'Europe, la division continuait toujours dans la famille. Le Prince et la Princesse de Galles étaient exclus de la Cour et des honneurs du à leur rang. ils vivaient en simples particuliers. On leur avait même ôté leurs enfants, et ils ne les voyaient que dans l'absence du Roi. Pour prévenir les suites de cette division, le Comte de Sunderland entreprit de la faire cesser. Il fut secondé du Comte de Stanhope. Tous deux eurent des conférences avec le vicomte de Townshend et Mr. Albert Walpole, confidents de leurs Altesses Royales. Après bien des négociations, le prince écrivit au Roi pour le prier d'avoir la bonté de lui faire dire, si Sa Majesté aurait pour agréable qu'il vint lui rendre ses devoirs; sur le champ on lui envoya un Secrétaire d'État lui dire qu'on l'attendait. Le Prince se rendit d'abord au palais; il fit ses soumissions et ses excuses dans les termes dont on était convenu, et alla ensuite dans l'appartement des Princesses ses filles. Le fruit de cette paix fut la réunion des membres du pari Whig, qui s'était divisé entre le père et le fils. Le Duc de Devonshire, le vicomte de Townshend, Mrs. Methwin, Walpole, et quantité d'autres, exclus de la Cour depuis la brouillerie, furent reçus avec caresses. Le Comte de Sunderland fut fait chevalier de la Jarretière et récompensé du succès des négociations.

Le Roi fit encore cette année un tour dans ses états d'Allemagne. Avant son départ, il honora de plusieurs garces et récompensa quelques uns de ses plus fidèles sujets. Le Comte de Dorset fut créé Duc. Le Comte de Bridgewater, gendre du Duc de Marlborough, fut tout à la fois nommé Duc et Marquis. Le Vicomte de Catelyon de Sanbeck fut fait Comte. Les Sieurs de Barrington, Vane, Gage, furent déclarés pairs d'Irlande, sous les titres de Barons et de Vicomtes. Le Comte de Sunderland, outre les autres charges et honneurs dont il était surchargé, fut nommé commissaire de la Trésorerie. Le Duc de Queensburry et le Lord Harold, furent nommés gentilshommes de la chambre du lit.

Le Roi mit à la voile le vingt-six de juin, et arriva le lendemain en Hollande. George trouva, à son arrivée en Allemagne, la paix conclue entre la Suède et le Danemark. Il n'y eut que le Czar qui ne voulut point entendre parler de la paix, ni de la médiation du Roi de la Grande Bretagne. L'amiral Norris était parti dès le mois d'avril avec une escadre capable de faire respecter la médiation du Roi son maître. Dès qu'il fut à Copenhague, il écrivit au Prince Dolgorouki, ambassadeur du Czar à la Cour de Danemark, pour le prier de notifier à son maître sa venue et ses ordres. Sa lettre portait, qu'il était dans ces mers avec une escadre pour procurer une paix juste et raisonnable entre l Couronne de Suède et celle de Russie;que le Roi son maître ayant fort à cœur le bien de ses sujets, aussi bien que les intérêts des Nations qui étaient en amitié avec lui, souhaitait ardemment qu'une œuvre si chrétienne, si utile, si précieuse put se terminer; qu'à cet effet il lui avait donné ordre de notifier à tous les ministres, généraux, et amiraux de Sa Majesté Czarienne, le renouvellement des offres de sa médiation pour rétablir la paix entre ces deux couronnes.

La réponse à cette lettre fut assez sèche. On représenta que le Czar n'avait rien de plus à cœur que la paix, qu'il en avait donné des preuves visibles et éclatantes; que n'ayant point d'ordre par rapport aux lieux, ni aux moyens de la traiter, on n'avait point de réponse à faire; que du reste, il y avait des voies plus courtes que celles que prenait l'amiral, pour communiquer au Czar les vues du Roi de la Grande Bretagne. Après cette réponse, la flotte Anglaise se joignit à celle de la Suède, comme auxiliaire pourtant, et sans vouloir faire la guerre sous ses propres pavillons.

La flotte Russienne les avait prévenues. Elle avait débarqué près d'Uma cinq mille hommes, qui n'ayant trouvé aucune résistance, mirent le feu à cette ville et à tous les villages des environs. Les flottes combinées n'arrivèrent que lorsque les Moscovites se retiraient dans le port de Revel. On délibéra si on ne les attaquerait point dans cet asile. La nombreuse artillerie qui le défendait ne le permit pas. On prit le parti de faire une diversion en Finlande. Les galères Moscovites au nombre de cent empêchèrent l'exécution de ce projet.

Pendant l'absence du Roi George, les Seigneurs qu'il avait nommés pour gouverner en son nom, n'étaient pas peu occupés, pour modérer l'ardeur excessive du gain qu'avait excité les progrès de la Compagnie du Sud, et pour contenir l'espèce de désespoir que causa bientôt sa décadence. Nous ne nous étendrons par sur cet événement, qui est un des plus considérables de ce règne, et qui eut des suites funestes. Plusieurs de ceux que ce pernicieux commerce avait ruinées ne purent survivre à leur fortune, et se poignardèrent eux-mêmes. Presque chaque jour offrait de pareils spectacles. On n'espérait de soulagement à des misères que du Parlement. Il n'était point assemblé, et ne pouvait l'être qu'au retour du Roi, que ses négociations retenaient en Allemagne. Pour suspendre le ressentiment du peuple, les Lords Régents conféraient sans cesse avec les directeurs de la Compagnie du Sud, de celle des Indes, et de la banque.

Le Roi arriva à Londres le 22 de novembre. Immédiatement après son retour, on examina la triste situation de la Compagnie du Sud, on chercha des moyens pour y remédier; mais on en trouva aucun. Ces efforts inutiles discréditèrent de plus en plus les actions et les autres effets de cette Compagnie. L'or et l'argent avaient disparu, la défiance était générale, et l'incertitude du parti que prendraient la Cour et le Parlement tenait toutes les affaires en suspend. Le Parlement s'était assemblé le six de décembre; mais les autres n'étant point en état, il s'ajourna jusqu'au dix-neuf, pour donner le temps au Ministère de convenir du parti qu'il faudrait prendre. Le but de la harangue que fit le Roi, à l'ouverture de son Parlement, était d'avoir de l'argent, et de soutenir ses négociations part des armements considérables. La Chambre Haute convint qu'on remercierait le Roi sur ce qu'il avait proposé. Les Communes ne furent pas si paisibles. Elles firent de grandes plaintes contre les directeurs de la Compagnie du Sud.

 

Jean-Louis Vial