par Jean-Louis Vial

La plate-forme de batterie

Lors des sièges la batterie de mortiers est installée sur une plate-forme de bois et protégée par un parapet semblable à celui construit pour les canons mais sans que l'on y ménage des embrasures.

Les plates-formes pour mortiers s'assemblent comme celles de canon, on commence par battre la terre avec une pente de quatre pouce de l'arrière vers l'avant. Le plancher est ordinairement composé de madriers redoublés en croix de 7 à 9 pouces d'épaisseur et 6 à 10 pieds de long selon le mortier, ils sont fixés par des piquets de bois et les interstices sont comblés par de la terre battue égalée au rez des poutrelles. La distance entre deux mortiers et de 15 à 16 pieds.

 

Instruments pour charger un mortier

Une dame ou demoiselle du même calibre que la pièce pour battre et refouler la terre et le fourrage dont on couvre la poudre.
Un racloir de fer de 2 pied de long et 4 pouce rond repliée en patte et l'autre bout en forme de petite cuillère pour nettoyer l'âme et la chambre du mortier
Une petite cuillère pour nettoyer plus particulièrement la chambre de la poudre,
Un couteau de bois d'un pied de long pour serrer la terre autour de la bombe,
Des dégorgeoirs pour nettoyer la lumière du mortier,
Des coins de bois,
Deux boutefeu,
Une pelle,
Une civière pour porter les bombes,
Cinq bons leviers pour servir rapidement le mortier en batterie.

Les instruments se rangent devant le mortier contre l'épaulement du parapet, sur la droite trois leviers, une civière, une pelle et la demoiselle et sur la gauche 2 leviers, la racloir, le couteau de bois, les coins de mire et un pic à hoyau. Les deux boutefeu sont plantés en arrière du mortier à 9-10 pieds de la plate-forme.

La bombe est un globe creux de fer coulé que l'on remplit de poudre, on y met ensuite une fusée qui servira de mèche pour faire éclater la bombe.

Les instruments pour servir un pierrier son identique, il faut y ajouter des paniers de 15 à 20 pouces de diamètre et de 20 pouces de haut et des plateaux de bois d'un diamètre légèrement inférieur au calibre du pierrier, et à 10-15 pas en arrière de la batterie 4 tombereaux de pierres pour remplir 60 paniers qu'il faut à chaque pierrier.

Manœuvres de tir

Au sein de chaque bataillon ou brigade d'artillerie sont constituées des compagnies de bombardiers spécialisées dans la mise en oeuvre des pièces de mortier et de pierrier.

En décembre 1756 l'artillerie comprend 30 compagnies de bombardiers de 50 hommes chacune, en novembre 1758 les compagnies sont réduites à 16 mais leurs effectifs portés à 100 par compagnie. Novembre 1761 voit la création de 3 brigades pour le service de la marine chargées de la défense des cotes, chacune de ces brigades comporte une compagnie de bombardiers.

Pour servir le mortier il faut 5 hommes y compris l'officier. L'officier qui fait charger le mortier ayant réglé la quantité de poudre dont il convient de le charger, le soldat de devant à gauche part chercher la poudre au magasin qu'il transporte dans un petit sac ou son chapeau, il met cette poudre dans la chambre du mortier. Après quoi l'officier la fait couvrir de fourrage qu'il fait refouler avec la demoiselle, on recouvre ce fourrage de 2 à 3 pelletées de terre qu'on refoule aussi. Pendant ce temps les deux bombardiers placés à l'arrière vont chercher la bombe avec une civière ou un levier au milieu duquel il y à un crochet de fer qui sert à la pendre à l'une de ses anses, ils déposent la bombe dans l'âme du mortier, en la plaçant du plus droit qu'il est possible, la fusée en haut. Le premier soldat de droite rejette de la terre dans le mortier tandis que le premier soldat de gauche avec un couteau enserre la bombe de tout coté de sorte que la bombe soit fixée dans la position ou on l'a mise. Cela fait chacun prend un levier pour installer le mortier dans l'axe du tir. L'officier fait alors régler l'inclinaison du mortier, les deux soldats du devant passent leurs leviers sous le ventre du mortier pour le lever ou le baisser, le soldat de derrière et de gauche prend les coins de mire pour les mettre sous le ventre du mortier suivant les indications de l'officier. Après quoi on décoiffe la fusée et l'on nettoie la lumière du mortier avec le dégorgeoir, on la remplie de poudre très fine. Puis les deux soldats de droite prennent chacun un boutefeu, le premier met le feux à la fusée et le second au mortier. Aussitôt le coup tiré les soldats de devant redressent le mortier verticalement, et les deux soldats de derrière nettoient promptement l'âme de la chambre du mortier, l'officier qui fait charger le mortier ayant réglé la ............

Pour pointer le mortier, l'on se sert d'un quart de demi cercle muni d'un pendule que l'on applique sur la génératrice inférieure de l'âme. Le mortier est alors maintenu dans la position voulue par un coin de bois ou coussinet. Pour garder l'axe du tir malgré la hauteur du parapet on plante sur le haut du parapet deux petits piquets, après chaque tir on remet en alignement ces repères et le mortier en le faisant pivoter sur sa plate-forme grâce à des leviers.

Le magasin à poudre est situé à 15-20 pas en arrière de la batterie on y accède par un boyau de communication protégé par des planches ou des fascines recouvertes de terre ou des peaux de boeuf que que l'armée consomme et que l'on à soins de récupérer. Les bombes sont rangées à coté du magasin à 5-6 pas de distance.

Le service du pierrier ne requiert que trois hommes, la séquence du tir est semblable à celle du mortier.

 

Jean-Louis Vial