Instruction pour le service d'un mortier de 12 pouces
du Sieur Camus Destouches,
maréchal de camp, lieutenant général d'artillerie, directeur général des écoles des bataillons attachés au service de l'artillerie, responsable du département de la Flandre, du Haynaut, Picardie, Artois, Champagne, Évêchez et Alsace.
- 1729

par Jean-Louis Vial

 

Lorsque la batterie est construite et que les mortiers y sont logés; on assemble tout ce qui est nécessaire pour l'exécution. Savoir:

- une provision de bombes chargées
- une botte de fourrage
- de la terre douce
- deux couteaux de bois ou spatules
- une bêche
- un pic hoyau
- un balai
- quatre leviers
- une demoiselle
- un crochet
- une curette ou racloir
- un quart de cercle
- deux boute feu
- deux coins de mire

Chaque mortier doit être ainsi fourni et avoir à portée de quoi remplacer dans le besoin.

Le magasin à poudre sera au milieu de la batterie, 20 ou 25 pas derrière, et s'il faut un boyau pour y communiquer sans être vu on le tirera au milieu de la batterie ou de quatre mortiers en quatre mortiers, si la batterie est considérable, observant de laisser un terre plein entre le mortier et le commencement du boyau, afin qu'on puisse le remuer dans la batterie.

Les bombes chargées seront à côté du magasin à quelques pas de distance, la fusée renversée en terre.

Les armes du mortier seront couchées à droite et à gauche. 

Pour servir un mortier de 12 pouces, il faut un cadet bombardier et quatre servants.

Ce cadet et ces quatre servants doivent être placés comme suit, avec ce qui sert au service du mortier.

A la gauche de la pièce

A la droite de la pièce

 

deux servants

le cadet
deux servants

une botte de fourrage
de la terre douce
un couteau ou spatule
une bêche
un balai
deux leviers
Une demoiselle,
un crochet
une curette ou racloir
un couteau ou spatule
un sac à poudre
deux leviers

 

Les deux boute feux seront mis derrière le mortier.

Le cadet bombardier doit avoir un quart de cercle, un fourniment, et un dégorgeoir.

Il a soin d'aller chercher la poudre dans un sac au petit magasin, il charge le mortier avec une mesure, après avoir mis son dégorgeoir dans la lumière et demandé à l'officier qui commande à combien de poudre il veut qu'on charge. Il la met dans la chambre du mortier et l'égale avec la main.

Le premier servant de la gauche lui fournit un bouchon de fourrage. le premier de la droite lui donne la demoiselle.

Le cadet refoule un petit coup le fourrage qu'il a mis sur la poudre. Le premier soldat de la gauche lui fournit de la terre douce sur la bêche pour mettre dans la chambre et achever de l'emplir.

Le cadet après avoir placé cette terre, la refoule a petits coups, puis de plus fort en plus fort jusqu'à ce que la chambre soit pleine et fait sur la superficie un lit pour asseoir la bombe.

Le premier soldat de la droite remet la demoiselle en son lieu.

Le second servant de la droite et celui de la gauche prennent un levier et le crochet et apportent la bombe chargée. Ils aident le cadet à la placer.

Le cadet pose la bombe bien droite dans le mortier.

Le premier servant de la gauche lui fournit la terre pour mettre autour de la bombe avec le couteau ou spatule que le premier de la droite lui donne.

Le cadet place la terre autour de la bombe, de manière que son centre se trouve, s'il est possible, dans l'axe de l'âme du mortier, que les anses soient en haut, et tournées suivant l'alignement des tourillons.

Lorsque la bombe est placée dans le mortier, le cadet pointe en s'alignant sur le piquet placé en haut de l'épaulement, et qui sert à s'ajuster. Et pour cela les quatre servants ensemble prennent chacun un levier, le premier de la droite et celui de la gauche embarrent devant, les deux autres derrière: tous ensemble poussent le mortier en batterie suivant le commandement de l'officier ou du cadet.

Ensuite les deux premiers servants lui passent un levier sous le ventre pour le baisser ou lever suivant les degrés d'élévation que l'officier ou cadet veulent donner. Et le second servant de la gauche pousse ou retire le coin de mire pour cet effet, au commandement qu'il reçoit. Le deuxième servant avec son camarade de la droite, prennent chacun un levier pour donner du flasque.


mortier en batterie vers 1720, dessin de Moltzheim

Le mortier pointé le cadet, le cadet retire son dégorgeoir de la lumière, il amorce avec de la poudre fine, et met un peut de pulverain sur le bassinet et sur la fusée de la bombe après avoir gratté la composition avec la pointe de son dégorgeoir, afin que le feu y prenne promptement.

Le premier servant de la droite prend le boutefeu et met le feu à la fusée.

Le premier servant de la gauche met le feu au mortier, au commandement de l'officier ou du cadet, qui ne se donne que quand la fusée est bien allumée.

Lorsque son coup n'a pas beaucoup de portée, il laisse brûler quelques temps la fusée, et ordonne le feu au mortier suivant l'estimation du temps qu'elle doit encore durer, en sorte qu'elle puisse crever un moment après qu'elle est tombée.

La longueur de la fusée se connaît en comptant un , deux, trois, etc. également depuis son commencement jusqu'à la fin.

Le cadet ou l'officier, en donnant le commandement se tiennent à portée de pouvoir observer leurs coups pour se corriger et mieux ajuster par la suite.

Quand la bombe est partie, le premier sergent de la droite nettoie le mortier avec la curette ou racloir et un bouchon de fourrage que celui de la gauche lui donne.

Le second servant de la gauche a le soin de balayer toujours pendant que l'on sert la pièce, afin qu'il ne reste point de poudre qui puisse mettre le feu à la batterie.

Les deux seconds servants prennent chacun un levier, les placent sous le ventre du mortier pour le mettre debout et en état d'être rechargé.

Le cadet va à la poudre avec un sac, charge le mortier avec la mesure etc.... . Chacun reprend le même poste et recommence les mêmes fonctions enseignées ci-dessus.

Pour charger les bombes, on les emplit de poudre avec un entonnoir, on fait ensuite entrer la fusée par le petit bout dans la lumière de la bombe et l'on enfonce avec un repoussoir de bois à coup de maillet de bois et jamais de fer.

Chacun des Messieurs du commandement de l'École peuvent réduire l'exercice du mortier à la voix ou au tambour; mais il faut observer que chacune des fonctions soit dans l'ordre ou elles se trouvent dans la présente instruction.

Les soldats servants qui se trouveront le plus d'intelligence, seront quelques fois employés aux fonctions de cadet; on les changera de place de temps en temps, afin qu'ils sachent servir également dans les postes de droite ou de gauche, de premier ou de second servant.

Les officiers et les sergents tiendrons dans leur devoir, et surtout veilleront à la propreté de la batterie, en sorte qu'il n'y ait point de poudre à terre, ou sur la plate-forme qui puisse causer aucun danger. Le feu est bien plus à craindre dans une batterie de mortier à cause des bombes chargées qui s'y trouvent. Les plus exactes précautions y sont nécessaires. Il est à remarquer qu'une plate forme de batterie ne peut avoir trop de solidité, de là dépend la justesse du mortier. Il faut que les lambourdes aient au moins six pouces en quarré.